OUI ! Les associations sont une chance pour les start-ups Tech

Je ne vous apprends rien si je vous dis que la rencontre du digital et l’entrepreneuriat social a donné naissance à de multiples innovations pour améliorer nos quotidiens et répondre à des enjeux de société majeurs.

Pourtant, malgré l’impact et les innovations sociales réalisées au fil des années, cette collaboration ne semble toujours pas aller vraiment de soi pour les start-ups Tech. Sans doute parce qu’un peu comme une bonne vieille pièce de théâtre, les rôles sont déjà attribués à l’avance : positionnées en « sauveurs » les start-ups viennent armées de leurs technologies dernier cri pour secourir les associations et leurs bonnes œuvres. Courageusement, elles bravent les épreuves, et et… happy end. Oui je sais, rien de plus chiant que les scenarios écrits d’avance.

Mais c’est un fait, on parle bien plus souvent de ce que les nouvelles technologies peuvent apporter au monde associatif, et plus rarement de ce que les associations peuvent apporter aux start-ups du web. Pire : on les relègue parfois à l’âge de pierre en les sommant (rapidement svp) de se numériser, se moderniser, se digitaliser… Attention je ne dis pas que ce n’est pas une réalité, je pense même que c’est indispensable pour créer des ponts entre ces deux univers, mais je regrette simplement que ce soit bien trop mis en avant. A force de leur faire croire qu’elles ne sont jamais à la hauteur ou qu’elles ont toujours un train de retard plutôt que de valoriser leurs atouts, et bien vous savez quoi, elles ont fini par l’accepter et à y croire. Et de fait l’économie « classique » aussi. Pourtant elles produisent de la valeur, représentent 10% du PIB, s’attaquent à des problématiques sociétales auxquelles personne ne veut vraiment se confronter. Et elles ne mériteraient toujours pas d’être prises en exemple ?

Car contrairement à ce que pensent ces jeunes pousses de l’innovation, elles ont aussi beaucoup à apprendre du monde associatif, et je dirais même que compte tenu des nombreux points communs énoncés ci-après, elles ont tout pour s’entendre et collaborer. 

 

S’adapter et anticiper

Lorsqu’on parle start-up on pense challenge, aventure mais aussi risque… Le risque d’échec est de fait plus important que pour les entreprises traditionnelles en raison de l’incertitude inhérente à tout projet innovant. Il faut en conséquence faire preuve d’anticipation et surtout d’adaptation face aux imprévus. C’est d’ailleurs généralement ce qui plait dans l’univers des start-ups et particulièrement techno, l’idée d’évoluer dans un environnement où la routine n’existe pas. Voilà déjà un bon point commun, car les acteurs de l’ESS doivent indéniablement faire preuve d’agilité et de flexibilité constante pour pouvoir répondre aux besoins en continue comme aux situations d’urgence ou imprévus : catastrophe humanitaire, perte de financements, départ de bénévoles, instabilité politique sur les territoires… Oui tout au long de son histoire, le secteur associatif a montré une très grande capacité d’adaptation aux changements économiques sociaux et sociétaux. Cela suppose aussi de s’entourer de membres qui se révèlent être de véritables couteaux suisse, capables de développer de nouvelles compétences dans de nombreux domaines… Qui ne rêverait pas d’avoir de telles compétences & soft skills au sein de son équipe ?

Evoluer dans un univers concurrentiel

On a tendance à penser injustement que les associations sont très éloignées des problématiques business, et des enjeux stratégiques. Comme s’il y avait une « vraie » économie de marché d’une part avec les entreprises classiques, et une autre économie « solidaire » basée simplement sur des problématiques de fundraising d’autre part. On l’oublie, mais les associations évoluent aussi sur un univers très concurrentiel. Le nombre de créations d’associations et le nombre d’associations vivantes ont régulièrement augmenté depuis la promulgation de la loi de 1901, mais le mouvement s’est considérablement accéléré dans les dernières années. Si cette vitalité associative est rassurante en termes de vie démocratique et d’engagement citoyen, elle se traduit dans les faits par une hausse très importante du nombre des associations, qui entrent en concurrence croissante entre elles, alimentant le sentiment de raréfaction des ressources et générant de multiples difficultés… Elles doivent donc (comme une entreprise classique) faire preuve d’ingéniosité pour se distinguer, faire sa place et se développer dans la durée. Start-ups et acteurs de l’ESS, vous voilà déjà sur la même longueur d’onde !

Faire plus avec moins

Lorsqu’on parle des start-ups dans les journaux, et particulièrement dans l’univers techno, c’est bien souvent pour relayer les incroyables levées de fonds réalisées. Mais la réalité de beaucoup d’entre elles est bien différente… Elles doivent le plus souvent composer avec un besoin d’innovation constant et un budget limité. La difficulté est encore plus forte que la rentabilité n’est pas immédiate et que le marché sur lequel elles évoluent est généralement émergent.  On parle souvent alors de « lean » ou d’innovation frugale, l’idée étant de résoudre la difficile équation de faire mieux avec moins. Evidemment les acteurs associatifs aussi sont confrontés à de fortes contraintes budgétaires. C’est particulièrement vrai dans un contexte de réduction des subventions publiques et un besoin fort de renouvellement générationnel de leurs donateurs. Elles doivent par conséquent constamment faire preuve de créativité, d’innovation pour notamment communiquer, collecter des fonds, toucher un nouveau public et répondre aux besoins de leurs bénéficiaires. Un besoin d’efficacité qui là encore s’appuie sur des équipes polyvalentes et proactives pour chaque jour relever des défis. Leur ingéniosité et leur expérience peut ainsi représenter de sérieux atouts pour des  entreprises toujours en quête d’innovation.

Etre en prise avec la réalité

Autre idée reçue, on a coutume de prendre les acteurs associatifs pour des utopistes évoluant dans un monde de, disons-le, bisounours. Parce qu’ils chercheraient à changer le monde, ils seraient ainsi déconnectés d’une forme de réalité qui les empêcheraient d’être pris au sérieux… En février 2018, l’entreprise SpaceX d’Elon Musk a lancé dans l’espace Falcon Heavy, la fusée la plus puissante au monde, avec un Tesla Roadster en tête, avec pour objectif de mettre la voiture de sport (de $200,000) sur orbite autour de Mars. Vous ne pensez pas qu’au moment de lancer ce projet, Elon Musk n’a pas été pris lui aussi pour un utopiste ? Non seulement ces entrepreneurs innovants et ambitieux ont comme de nombreux acteurs associatifs la volonté commune de changer le monde et de rendre possible l’impossible en quelque sorte. Mais en plus imaginez si ces entrepreneurs super intelligents ne brûlaient pas des milliards en R&D pour inventer des « gadgets » dont personne n’a vraiment besoin mais s’associaient plutôt à des causes sociales et environnementales, des problématiques concrètes à travers les objectifs de développement durable (ODD), ce qu’il serait possible de faire ! Sam Pitroda, ancien conseiller à l’innovation du Premier ministre indien disait :« Les meilleurs cerveaux du monde sont occupés à résoudre les problèmes des riches, qui n’ont vraiment pas de problèmes. » Quel gâchis ! Les associations sont à la fois tournées vers l’avenir et particulièrement conscientes des enjeux locaux. Le partage de leur connaissance et expérience du terrain peut-être une source d’inspiration pour l’innovation et l’usage des nouvelles technos de demain.

 

Il est aujourd’hui fondamental de décloisonner les relations entre start-ups du web et associations, et de créer des synergies et des dynamiques entre ces deux univers afin de permettre à chaque partie prenante de comprendre les vertus d’une telle collaboration. Il nous faut aujourd’hui des entreprises innovantes qui s’engagent avec des partenaires à but non lucratif et du secteur public pour co-construire des solutions qui servent des objectifs plus larges que de coloniser Mars, même si OK c’est très excitant… Beaucoup d’associations ont besoin de se digitaliser et, en même temps,  ne rencontrent pas ceux qui possèdent ce savoir technologique. On a longtemps cru que les hackathons suffiraient pour créer des ponts, mais non. Il faut aller sur des actions collectives plus concrètes, qui s’inscrivent dans la durée, d’autant que ces acteurs présentent des affinités évidentes. Il faut que les entrepreneurs techno prennent conscience qu’ils ont tout à y gagner en travaillant de concert avec les acteurs associatifs. Cessons de bâtir des murs entre ces deux univers avec toutes ces stupides idées reçues et ensemble construisons des ponts pour une technologie au service du bien commun.

Si vous partagez cette conviction, je vous invite à rejoindre FEST (France Eco Social Tech), le mouvement des entrepreneurs mettant l’innovation scientifique et technologique au service des 17 Objectifs de Développement Durable. Mais aussi à découvrir prochainement tous les nombreux acteurs de cet écosystème à impact positif à travers notre cartographie !

 

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